Fernand Brose : le dernier enlumineur du pays!


Avec l'évolution des techniques, les livres sont devenus des petites briques de papier que l'on peut transporter dans le fond d'une poche. Jadis, les livres étaient réalisés à la lueur d'une bougie, ils étaient de véritables œuvres d'art. Pour Fernand Brose, ces ouvrages témoins du passé, sont ses seuls maîtres.


Enfant de la Grande Guerre, Fernand Brose rêvait de devenir peintre. Son souhait le plus cher était d’entrer à l'Académie des Beaux Arts! Ses parents s'y opposent et l'oriente vers des études techniques plus prometteuses...

A peine âgé de 16 ans, il est contraint d'abandonner ses études. Plongé dans le milieu ouvrier, il découvre les coulisses de la FN, premier fleuron du bassin industriel liégeois. « Cela n'a pas été facile. En arrivant à la FN, je me suis trouvé en compagnie d'ouvriers qui n'avaient rien d'un enfant de cœur. Puis, un beau jour, le groupe des graveurs sur armes est venu chercher des élèves. On m'a enlevé des machines-outils et on m'a mis en formation. C'était fantastique, j'étais payé pour apprendre!», raconte Fernand Brose.

D'élève à maître !

Assoiffé de savoir, Fernand Brose ne se contente pas de ce que peuvent lui enseigner les maîtres-graveurs de la FN. Il décide donc de poursuivre et achever ses études techniques. Il s'inscrit aux cours du soir et obtient ainsi son diplôme de technicien-ajusteur. Mais comme il a toujours rêvé de faire des études artistiques, il entreprend ensuite un cycle complet en arts graphiques aux Beaux Arts de Liège. Il décroche le diplôme de graphiste. « En tout et pour tout, j'ai suivi les cours du soir pendant dix ans. »

Généralement, on pense que la technique et l'art ne font pas bon ménage. Fernand Brose fait la preuve du contraire : « Aujourd'hui, je ne peux pas concevoir le domaine artistique sans le technique et réciproquement. Pour avancer dans mes recherches, je recours quotidiennement aux enseignements des arts et de la technique. A la base de la création se trouve le dessin et à celle de la réalisation, la technique. Les deux domaines forment un tout indissociable. »

Ses diplômes en poche, Fernand Brose poursuit son petit bonhomme de chemin à la FN, mais la gravure sur armes est un travail répétitif. Petit à petit, il s'en lasse. Ayant soif de renouveau, il se lance dans l'aventure du graveur indépendant sur bijoux. Ce nouveau métier le satisfait davantage, mais ce n'est pas encore ce qu'il cherche.
Passionné d'art et d'histoire, il décide de marcher sur les traces des maîtres-graveurs et enlumineurs de l'histoire.

 
Un cheminement long et difficile

Il n'est jamais facile d'être élève, mais cela l'est encore moins quand les maîtres font partie de l'histoire et que pour seule piste nous restent leurs ouvrages.
« Pour ce qui est de la gravure, mes maîtres portent un nom, Henri Leuckers est mon phare pour la gravure sur armes, la bijouterie et les armoiries.
Pour l'enluminure, les choses se corsent. Mes seuls repères sont les manuscrits au travers desquels les anciens maîtres me parlent.
J'ai l'impression de me battre seul contre tous. Parfois, je fais de longs déplacements pour rencontrer un maître et au revenir, les rôles se sont inversés. J'étais parti pour recevoir et en fin de compte, c'est moi qui ai donné. », explique Fernand Brose.
Ces écrits des temps jadis renferment mille et un mystères dont Fernand Brose, dernier maître-graveur et enlumineur en héraldique du pays, trouve les clés à force de patience et de rigueur. Mais la quête à beau être passionnante elle n'en reste pas moins éprouvante. « La pénurie de maître est telle que je serais prêt à donner un an de ma vie pour être dix minutes dans un scriptorium du Moyen Age ! »

Carlos .Lopez.

En vrac…
Fernand Brose et la fin du monde :
« Si la fin du monde était annoncée pour demain et que je fasse partie des élus, j'emporterais avec moi mon épouse, un crayon et une gomme car la vision des anciens m'oblige à rester modeste. »
Fernand Brose et la peur : « Ma plus grande peur est la mort car je ne sais pas ce qu'il y a de l'autre côté, mais cela dit, je ne suis pas pressé de le découvrir! »
Fernand Brose et son ECU : « Artistiquement, mon ECU, c'est de la merde! Je déplore que mes capacités artistiques n'aient pas été exploitées à fond, mais d'autre part je suis content que cela ait rapporté des milliards au pays. Ceci dit, je suis autrement fier d'avoir réalisé le drapeau et les armoiries de la Communauté Germanophone de notre pays ! »


Un féru de trains électriques

Au premier étage de sa demeure paisible, Fernand Brose pousse une porte, celle de son jardin secret... Elle s'ouvre sur une pièce exiguë, où seul ont droit au chapitre le rêve et la poésie.
Ici, rien d'autre qu'un tabouret, un tableau de commande optique, un réseau de chemin de fer miniature de huit mètres de long et deux mètres de large, six cents arbres, vingt-deux trains dont six peuvent circuler simultanément, un paysage d'inspiration alsacienne plus vrai que nature, deux villages et une gare, celle de... Brosewhir!
C'est à cet endroit que le dernier maître-graveur et enlumineur du pays passe des heures à écouter battre le cœur de ses locomotives à vapeur. Et il n'y a rien d'étonnant à cela car comme il le dit lui-même : « Je suis et souhaite rester un rêveur! »

 


 

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