Michael Dürnholz, joaillier - créateur
Les paradoxes d'or et d'argent
Les bagues, boucles d'oreilles, chaînettes et autres parures de bijoux font partie intégrante de la vie sociale de l'homme depuis la nuit des temps. Porter un beau bijou qui suscite l'admiration d'autrui reste un signe de distinction particulier. Mais avant d'être porté, ce précieux objet a été crée de toutes pièces par le joaillier. Rencontre avec le maître eupenois, Michael Dürnholz.
L'idée de faire ce métier chez ce jeune Eupenois est sans doute née avec cette passion pour une matière noble, d'une infinie richesse expressive : l'or.
Depuis quelques années déjà, Michael Dürnholz nous donne à voir des paradoxes d'or et d'argent, des contradictions de pierres jumelées à des agencements précieux. Les matières les plus insolites juxtaposent les plus classiques. Aujourd'hui, ce créateur expose régulièrement entre Paris et les Etats-Unis, et il réactualise avec une grande maturité la rencontre fondamentale entre la pierre et le regard, car il instaure avec une grande subtilité des rapports alchimiques entre la femme et le bijou. Que sont les orfèvres, sinon des jongleurs qui doivent élever les cœurs des hommes et les émouvoir de la joie spirituelle ?
Cet artisan arrivé à maturité, nous convie à un parcours riche de contrastes mais où éclate toujours le frémissement de la perle, du brillant, véritables objets de culte. Il ne fut pas oublier que c'est de Jean Vendôme a de qui tenir. La plupart de ses amulettes, de ses bagues et bracelets, diadèmes, pectoraux, se doivent d'être finement travaillés, ciselés, filigranés, ajourés dans toutes les gammes.
Est-ce que celui qui a mangé de la canne à sucre demandera une récompense… Plus spécifiquement, il s'agit pour Michael Dürhholz de favoriser la création en évitant le piège des tendances. De Eupen à New-York, il a découvert les fastes et les misères d'un métier séculaire qui rend toujours compte d'une préoccupation permanente sur le sens de la création.
Mêlant étroitement design et classicisme, les œuvres présentées témoignent d'une indéniable multiplicité de styles, de moyens, de démarches et de techniques. Toutes ces créations mettent en effet la diversité esthétique, l'originalité, la créativité et la simplicité qui est aussi parfois, un effet de l'art. Voilà tout le secret de cet artiste en devenir. Bon nombre d'éléments sont mis en place pour assurer une réussite qui ne manquera pas de faire sensation. A voir ! *
Sa vocation éclate à l'âge de 17 ans. Fasciné par les bijoux, Michael a envie de les imaginer, les dessiner et les réaliser. Il fait son apprentissage chez un joaillier à Eupen en le complétant par une formation théorique à l'INFAC. En dernière année, dans le cadre de l' "Euro-apprentissage", il est choisi comme meilleur apprenti joaillier de Belgique. Ce qui lui vaut comme récompense de partir quinze jours en stage à Paris, dans les ateliers de Jean Vendôme. Jean Vendôme est considéré comme le père du bijou contemporain, le premier qui a osé employer dans ses créations des minéraux. C'est à Paris, que Michael commence à dessiner ses premiers bijoux sur papier.
Après le stage, Michael Dürnholz part à Los Angeles avec l'espoir d'y trouver le cadre idéal pour sa créativité peu banale. Il y a travaillé un mois. Il décide d'arrêter car le travail à la chaîne était incompatible avec ses objectifs. Il préfère retourner chez Jean Vendôme où il travaillera quinze mois à l'atelier du maître parisien. Après ces quinze mois, Michael Dürnholz désire prendre son envol et décide d'ouvrir sa propre boutique-atelier à Eupen.
Son talent commence à se faire connaître et franchit les frontières. Des galeries à Courtrai, à Bruxelles mais aussi à New-York et à Bayreuth exposent régulièrement ses bijoux. Il faut savoir que pour une exposition, Michael Dürnholz réalise toujours une cinquantaine de nouveaux modèles. Mais il travaille aussi sur commande. Certaines personnes lui demandent des réalisations très précises, il fait donc le dessin et le travail part de là.
Tous les bijoux de Michael sont effectués de ses propres mains. Aucun n'est coulé. L'artiste dessine le bijou, puis travaille l'or. Il faut forger le métal, scier, limer, le plier à l'aide de pinces. En souder les morceaux. L'or, noirci durant ce travail, retrouvera tout son éclat au polissage. Le bijou commence alors à naître. Pour Michael Dürnholz, il est bien plus qu'une simple monture servant à mettre en valeur les carats d'une pierre. Ses créations sont autant de mini sculptures, de parures uniques et irrésistibles. Des formes volontaires et pointues, parfois un brin agressives sont toujours adoucies par une ligne souple et ondoyante, par la rondeur d'une perle, par l'éclat d'un diamant. Bref, des bijoux altiers pour les femmes singulières. Sa bijouterie est également superbe et rappelle par le design la décoration de certaines boutiques milanaises.
* Lucien Rama, critique d'art