Tarot sacré, sacré Tarot… !
Rencontre avec Martine Monfort, aquafortiste
Elle crée au-delà de toute vision existante, un Tarot Animalier. Superbe dans son ensemble et surprenant dans ses détails. Martine Monfort, comme beaucoup de créateurs, poètes, passionnés envers une tâche, ne connaît pas le temps. Elle entretient ses rêves, même les plus fous. Elle les polit et les repolit, avec ténacité et amour et ne les lâche jamais parce qu'ils représentent la seule possibilité d'une réalisation heureuse de soi. Un rêve abandonné tue la partie d'âme qui lui était liée.
Martine Monfort, née à Verviers en 1951, expose dès 1973. Elève de Georges Comhaire à l'Académie des Beaux-Arts de Liège, elle affiche à 22 ans déjà un beau métier. Artiste au talent orignal, elle développe un style personnel qu'elle traite avec maîtrise. A partir de 1974, son œuvre sera primé à diverses reprises.
Ses gravures, au départ ironiques et contestataires, témoignent aujourd'hui d'une profonde réflexion et d'une évolution spirituelle. A travers de remarquables estampes, elle s'interroge, souvent avec humour et poésie, sur les problèmes existentiels.
Inventive, Martine Monfort n'a jamais succombé aux modes. Elle séduit plutôt par sa classe et sa technique saine et solide, jamais en défaut, alliant création et tradition. Si jusqu'aux débuts des années '80 son talent faisait l'unanimité, elle semble bien depuis lors avoir subi l'ostracisme de certains qui sous le couvert de modernisme et de technicité ont, en fait, abandonné la prestigieuse tradition artistique de l'école de Gravure de Liège et l'enseignement de ses maîtres.
Après le vif succès connu avec sa série "Nuages", Martine Monfort nous dévoile aujourd'hui son "Tarot Animalier", série de 22 cartes, véritable réussite où se conjugue imagination, efficacité du trait et symphonie de noirs et blancs en passant par toutes les gammes de gris.
Ainsi par l'emploi de ses sentiments, de son intelligence, de sa vertu du silence, de toutes ces facultés qui en un mot constituent son talent d'artiste, Martine Monfort nous livre, à travers sa quête personnelle, la réconciliation de l'art et de la spiritualité.
"Timidité, complexes et manque de confiance en moi ont sans doute contribué à mon intérêt pour tout ce qui pouvait, d'une manière ou d'une autre, éclairer ma lanterne en recherche de vérités !
En 1985, passionnée par l'univers de Yung, j'ai plongé dans l'étude du Tarot avec le même enthousiasme. Mais celui-ci a très vite fait place au malaise : je me rendais compte d'un décalage évident entre, d'une part, les nombreuses lectures reflétant la subjectivité inévitable de chaque auteur et, d'autre part, les cartes qui, à quelques exceptions près, restaient muettes face à mes interrogations.
"Quand l'homme commence à raisonner, il cesse de sentir" J.J. Rousseau.
C'est alors que j'ai compris que la seule manière de sortir de cette impasse était de créer un tarot complètement différent des jeux existants. C'était pour moi l'opportunité d'aller au-delà d'une compréhension purement mentale, c'est-à-dire de ressentir les cartes plutôt que les penser.
Dix ans se sont écoulés entre ce projet et sa mise en route. Plus je me trouvais de bonnes raisons d'en retarder la réalisation, plus le sentiment de devoir le faire grandissait jusqu'au jour où je n'ai plus pu reculer et où j'ai décidé une fois pour toutes de me lancer dans ce parcours du combattant qui dura trois ans et demi !
Travail long, complexe, difficile et passionnant. Que de doutes, de remises en question, de peurs, de joies et de découragements !
Ce Tarot Animalier n'est que le reflet de ma propre vision face aux tribulations du cheminement spirituel. Je le voudrais à l'image de "l'auberge espagnole", où chacun y trouve ce qu'il y apporte et, pourquoi pas, y voit ce qui lui convient et y capte ce dont il a besoin.
En conclusion : maintenant que tout est terminé, je comprends que l'important n'est pas dans la réalisation du but que l'on s'est fixé, mais bien dans le parcours qui a permis d'y arriver. Rivage et mirage sont deux mots si proches que l'un cache l'autre et vice versa tout au long de l'existence. Cela permet avant tout de ne jamais se prendre au sérieux, de garder le sens des valeurs et surtout le sens de l'humour !"
A.Radermecker - M.Monfort
Petit Historique sur le Tarot
Les premiers jeux de tarot apparurent en France, en Italie et en Allemagne vers la fin du 14ème , début 15ème siècle. Peints et enluminés, ils constituaient de véritables objets d'art à l'usage exclusif des familles nobles.
Au 18ème et 19ème siècle, le monde de l'occultisme avec, entre autres, Eliphas Levy, Papus et Oswald Wirth, s'intéressa au Tarot à la fois en tant que support divinatoire et qu'outil de connaissance intérieure.
C'est à cette époque aussi que l'on rapprocha la symbolique du Tarot de celle des nombres et que l'on se mit à en rechercher l'origine.
Aujourd'hui encore, la question se pose : vient-il de Chine, des Indes, d'Egypte ? Est-il l'œuvre d'Hermes Trismégiste, celle des Bohémiens, d'Alchimistes, de Kabbalistes ?... Peu importe.
Les auteurs des 18ème et 19ème siècles fixèrent définitivement le jeu à 78 lames dont 22 furent appelées "Arcanes Majeurs" et 56 '"Arcanes Mineurs" (arcanus = secret).
Les Arcanes Majeurs se rapportent à l'ensemble de la destinée. Constitués de symboles et archétypes, ils visent à éclairer la recherche intérieure de chacun par 22 degrés; ceux-ci étant marqués par des choix, des prises de conscience, des épreuves à surmonter ou encore des énergies à canaliser. Chaque Arcane véhicule à lui seul plusieurs significations et s'interprète en fonction des cartes qui l'entourent.
Le type de tarot le plus répandu à partir de la fin du 15ème siècle est celui du Tarot de Marseille qui, aujourd'hui encore, reste le tarot fondamental.
L'eau forte au trait
C'est le procédé le plus répandu et forcément le mieux connu.
Le cuivre est recouvert d'une mince couche de vernis mis à chaud, au tampon, ou à froid, au pinceau ou encore au rouleau.
Le dessin est gravé dans le vernis à l'aide d'une aiguille ou d'une quelconque pointe d'acier. Le métal ainsi mis à nu sera attaqué par l'acide nitrique ou le perchlorure de fer, et transformé en sillons plus ou moins profonds. L'artiste suivra attentivement les morsures qu'il pourra conduire suivant ses désirs pour les atténuer et, au besoin, les arrêter. A la loupe, les sillons présenteront profondeurs et irrégularités.
L'aquatinte
La plaque polie est placée dans une caisse spéciale et y sera recouverte d'une ou de plusieurs couches de résine (colophane) : en fine poussière pour les effets réguliers ou, au contraire, saupoudrée à la main pour un résultat moins systématiquement régulier. En chauffant légèrement la plaque ainsi préparée, les grains de résine fondent et adhèrent au métal.
Son effet final donne des aplats nuancés suivant les morsures.
Il ressemble au lavis et, comme lui, ses nuances peuvent être variées à l'infini.
Georges Comhaire
Professeur honoraire d'Académie