FRANCOIS PIRETTE :
"ADIEU AMEDEE, BONJOUR BOURVIL ..."
La vie culturelle de la région verviétoise est en ébullition. Elle ne se contente plus de subir les productions en provenance de l'extérieur, mais s'épanouit désormais dans un registre créatif intense et réjouissant. Main dans la main, le Centre Culturel Régional de Verviers et le Festival de Welkenraedt montrent l'exemple, à la faveur de créations originales.
Après "Les Années 60" et "Cinémusic" notamment, la reprise de "La Bonne Planque" est à l'ordre du jour pour la saison prochaine. Ce monument du théâtre comique, écrit sur mesure pour Bourvil et Pierrette Bruno, doit trouver une nouvelle jeunesse sous la plume de François Pirette. Sans négliger son parcours personnel, l'humoriste relève ce nouveau défi avec enthousiasme.
C'est au Festival de Welkenraedt, où il présentait son nouveau spectacle en avant-première exclusive, que François Pirette évoquait ses nombreux projets immédiats.
Ses personnages fétiches, qui semblaient inusables, sont attendus avec empressement par un public conquis d'avance. François Pirette envisage pourtant de débarquer définitivement Amédée et les autres.
Acta Magazine : Est-ce là un choix délibéré ?
François Pirette : Amédée vieillit mal. Je repars en tournée en février avec autre chose. Je sors donc balader une dernière fois Amédée avant de le mettre au formol. J'ai écrit des kilomètres de texte pour ces personnages, mais il faut faire autre chose.
Acta Magazine : Le spectacle "La Joyeuse Rentrée" n'est donc qu'une parenthèse ?
François Pirette : De fait, ce spectacle enregistré en one shoot pour la télévision, ne se destinait pas initialement à partir en tournée. Je l'ai écrit pour me faire plaisir et ne pas être seul. On voit arriver des gens auxquels on ne s'attend pas du tout. Cela dit, je m'amuse quand les gens s'amusent. Et cette fois je me suis bien amusé.
Acta Magazine : C'est en quelque sorte la dernière sortie d'Amédée, réservée en primeur à Welkenraedt où vos souvenirs sont nombreux ...
François Pirette : J'ai beaucoup de souvenirs à Welkenraedt, où j'ai enregistré plusieurs télévisions. Je suis même monté sur scène avec un vrai chameau, vêtu en Roi Mage, pour Noël. Pour l'anecdote, le chameau a pissé - un bon trente litres - sur les blocs d'éclairage. Je vous laisse imaginer ...
Acta Magazine : Après votre prestation dans "Le Père Noël est une ordure", on vous prête l'intention de remonter "La Bonne Planque". Un nouveau défi ?
François Pirette : C'est fait, c'est dans le bronze, à la demande de Pierre Stembert, le directeur du Grand Théâtre de Verviers, qui déjà avait eu la folie de me proposer de faire "Le Père Noël" ce que j'avais refusé pendant un certain temps. Il a été tellement soûlant et fatiguant que j'ai fini par céder. C'est le genre de gars qui vous sonne tous les deux jours et qui demande "alors, on le fait" et vous dites "oui" pour avoir la paix. Finalement on l'a fait et il a eu raison. En fait, on s'est bien amusé. Et pareil avec "La Bonne Planque". Il a été encore plus persuasif. A cette nuance près que je ne jouerais pas dans "La Bonne Planque" puisque je suis en tournée en même temps. J'ai donc été chercher des camarades pour jouer cette pièce que je mets en scène. Et de commun accord avec Pierre, on s'est proposé un casting assez inattendu. Avec Pierre Aucaigne dans le rôle principal. Tout ce qui vient autour, pour le moment, c'est une surprise.
Acta Magazine : C'est encore en tractation, la distribution ?
François Pirette : Non, ça y est. Mais on va l'annoncer de manière assez sympathique avant de partir en tournée à partir de février-mars. Logiquement au départ de Verviers.
Acta Magazine : Vous avez décidément des affinités verviétoises ...
François Pirette : Mais c'est un magnifique théâtre d'une part, qui est très bien équipé, avec un personnel à demeure qui connaît son métier. Il a des disponibilités qui nous ont été réservées pour que nous puissions y travailler dans de bonnes conditions pour les répétitions, le montage, etc ...
J'y ai d'ailleurs moi-même monté mon propre spectacle, il y a deux ans.
On y a aussi monté "Le Père Noël" voici trois ans et on va maintenant monter "La Bonne Planque". Comme on dit en anglais "don't change a winning team ".
Acta Magazine : Cette option théâtre, vous apporte-t-elle du nouveau ?
François Pirette : Oui, ça m'amuse ! J'adore mettre en scène ! J'avais mis en scène "Le Père Noël", mais en plus je devais le jouer, ce qui est un peu plus compliqué.
Là, je mets en scène, je reste assis dans le fond de la salle.
Ce qui n'empêche que j'ai des projets de théâtre, aussi avec Pierre Stembert, et le théâtre de Verviers, dans tout un autre exercice où je jouerais, sans mettre en scène. C'est programmé à deux ans. Cela n'a rien à voir avec le one-man-show. Ce sera tout à fait autre chose. Ce ne sera pas drôle du tout. Ce sera une pièce vraiment sordide.
Acta Magazine : S'agit-il d'une démarche pour sortir d'un personnage, ou d'une réputation ?
François Pirette : Pas d'une réputation, plutôt d'un personnage. On doit pouvoir un jour sortir d'un personnage, mais aussi conserver le plaisir de faire le métier qu'on fait. Rendez-vous compte : si un jour je devais endosser les costumes que j'endosse, avec des pieds de plomb, en allant sur scène comme on va au turbin, ce ne serait pas honnête vis-à-vis des gens. Sur scène, quand je m'amuse, je m'amuse vraiment, ce n'est pas de la comédie.
Donc il faut que je change, même dans un autre registre. Il y a moyen de s'amuser en jouant "Le Cid", mais ce ne sera pas cela. Je n'ai pas le talent pour faire ce genre de chose. On va donc monter une pièce qui sera très ambitieuse, mais qui n'est pas du tout comique. C'est prévu pour dans deux ans, si j'ai toujours la santé pour le faire.
Acta Magazine : Vous tournez beaucoup pour l'instant ?
François Pirette : Oui, beaucoup. C'est reparti jusque fin mai ou fin juin. Je joue, pour le moment, tous les soirs dans une petite salle à Bruxelles, qui s'appelle le Comiqu'Art, et je vais jouer quelques soirs à Liège. On jouera surtout le 31 décembre le spectacle de la Joyeuse Rentrée. On vient de décider de le jouer le soir du réveillon au Forum à Liège.
Acta Magazine : Vous l'avez dit : ce spectacle n'était pas prévu pour tourner ?
François Pirette : Non, pas du tout. Mais on était frustré de ne l'avoir fait que deux fois. On a essayé d'arranger nos agendas et ca arrangeait bien tout le monde. C'est d'autant moins évident que nous sommes tous forts occupés. Le hasard a fait qu'on pouvait aménager nos emplois du temps pour pouvoir le refaire. Ce sera cette fois véritablement le réveillon du siècle au Forum. Car c'est vraiment cette fois-ci qu'on change de siècle, et pas l'année dernière.
Mais le spectacle passera aussi le 5 janvier 2001 à Verviers avant de disparaître du calendrier.
Pour laisser place à "La Bonne Planque" et à la démonstration des nouvelles orientations scénographiques et artistiques de François Pirette.
Au revoir, Amédée, et merci pour tout ! ...
Recueilli par Yves HURARD