La Belgique doit à Philippe Maystadt son entrée dans l’Europe des monnaies.
L’examen de passage était cependant draconien. Il s’agissait de résorber considérablement la charge de la dette publique, qui devait impérativement se situer sous la barre des 3%. La Belgique passe brillamment le cap et se situe à 2,1%.
Une performance que nous envient certains de nos voisins cependant accoutumés à la rigueur de gestion. Cela signifie que notre pays, entré haut la main dans la monnaie unique, va voir parallèlement se bousculer ses habitudes en matière de facturation, de comptabilité, et même de simple calcul mental. Les citoyens finiront par s’y faire par la force des choses. Pour les entreprises et commerçants, une période transitoire se dessine qui permettra de s’acclimater peu à peu aux nouvelles habitudes monétaires.
Acta Magazine est particulièrement heureux de vous communiquer ci-dessous les réponses que le Vice-Premier Ministre et Ministre des Finances, Philippe Maystadt, a bien voulu donner à ses questions relatives à l’influence de l’euro sur les entreprises. Dans cet entretien, il dresse le panorama de la situation et annonce les modifications auxquelles devront se familiariser dans les douze prochains mois tous ceux qui sont concernés par la gestion financière, du commerçant au PDG de multinationale, en passant par le responsable de PME.
Acta magazine : Monsieur le Minisre, pouvez-vous nous rappeler le processus d’introduction de l’euro ?
Philippe Maystadt : A partir du 1er janvier 1999, l’euro sera la monnaie unique des pays participants. A ce moment là, les monnaies nationales, comme le franc belge, ne seront plus qu’une expression temporaire de l’euro. Début 1999 également, chaque individu ou entreprise pourra utiliser l’euro comme unité pour des virements bancaires, des chèques et même pour des paiements moyennant une carte bancaire. Même si on ne tient pas compte en euro, on disposera de cette facilité, les banques s’occupant de toutes conversions. Ces conversions se feront toujours sur base de la même formule et ne seront pas facturés.
Acta magazine : Quand recevrons-nous nos extraits de banque libellés en euro ?
Ph.M. : Le 1er janvier 2002, tout avoir en compte qui ne sera pas encore converti en euro sur demande du titulaire, le sera automatiquement et sans frais. L’euro fera aussi son apparition sous forme de billets de banque et de pièces. Pendant une période de quelques semaines, les deux types de billets et de pièces circuleront simultanément.
Acta magazine : Va-t-il falloir dire adieu au franc belge une fois pour toutes ?
Ph.M. : Vers la mi-2002, le franc belge ne sera plus utilisable. Néanmoins, on pourra toujours, pendant des années, échanger gratuitement les billets et pièces auprès de la Banque Nationale.
Un euro vaudra environ 40 francs belges ; nous devrons nous habituer à calculer dans cette nouvelle mesure. Mais l’introduction de l’euro ne changera en rien le pouvoir d’achat du revenu mensuel des familles ou de leur épargne. De plus, un des principes de l’introduction de l’euro, est que tous les contrats en cours restent valables : baux, contrats de travail, assurances, crédits ou placements.
Acta magazine : Quelle sera réellement l’influence de l’euro sur les entreprises ?
Ph.M. : Aux entreprises, grandes et petites, l’introduction de l’euro pose un défi à deux dimensions :
La première dimension est stratégique. Un marché unique de 300 millions de consommateurs s’ouvre aux entreprises qui le souhaitent, mais il en va de même pour leurs concurrents français, allemands, néerlandais et autres européens. C’est pourquoi les dirigeants d’entreprises doivent décider comment ils veulent positionner leur entreprise dans cette nouvelle situation de marché. Aucune entreprise ne peut échapper à cette problématique.
La seconde dimension est technique et concerne l’organisation commerciale de l’entreprise, la comptabilité et le système informatique. Tout d’abord, il est nécessaire que l’entrepreneur s’informe sur ce que ses fournisseurs et ses clients ont l’intention de faire. Si on a un magasin ou une salle d’exposition, il faut également réfléchir aux conséquences dans ce domaine. Sera-t-il possible d’adapter les balances électroniques de manière à pouvoir traiter des montants de deux chiffres derrière la virgule, donc des « cents » ?
Acta magazine : L’introduction de l’euro sera un défi pourles entreprises. Mais les clients, verront-ils les choses de la même manière ?
Ph.M. : On procédera probablement à un « double affichage des prix ». Afin de faciliter les choses pour les clients, les prix seront probablement libellés en euro et en francs belges pendant quelque temps. Une attention particulière doit aussi être accordée aux adaptations de la comptabilité. Mais tout semble indiquer qu’il n’y a pas de grands problèmes à attendre dans ce domaine. L’adaptation des systèmes informatiques des entreprises, par contre, risque d’être plus lourde. En premier lieu, il faudra redéfinir un certain nombre d’écrans et de rapports afin de pouvoir opter pour deux décimales. Il sera peut-être souhaitable que les écrans et documents affichent temporairement des montants en euro et en francs belges. Il faudra adapter le format de ces fichiers pour y stocker des nombres à deux décimales et il faudra aussi adapter les programmes traitant les données et utilisées pour créer les rapports. Et comment comparer des données actuelles exprimées en euro à des données historiques libellées en francs belges ? Des solutions existent ou sont en préparation pour toutes ces questions.
Acta magazine : Quel sera d’après vous le message le plus important à l’adresse des entreprises ?
Ph.M. : Le message le plus important à l’intention des commerçants et des entreprises est de s’y mettre à temps et d’utiliser l’information disponible. Les banquiers, les comptables, les secrétariats sociaux et aussi les associations professionnelles ont de l’information disponible. Pour obtenir une information plus générale et officielle sur l’euro, il suffit de passer régulièrement dans un bureau de poste où un présentoir « Boîte postale 3000 » du service fédéral d’information vous propose des informations actualisées. Les consommateurs et les entrepreneurs peuvent adresser leurs questions à « l’Espace euro » du Ministère des Affaires Economiques au téléphone vert 0800/90806 (Fr) - 0800/90804 (Nl). Pour des questions d’ordre professionnel, au sens large du terme, sur l’introduction de l’euro, vous pouvez vous adresser à « l’Eurodesk » du Ministère des Finances au numéro 02/210.39.77. Les étudiants y sont également les bienvenus. Beaucoup d’informations peuvent aussi être trouvées sur Internet, via le site euro du Gouvernement fédéral : http ://euro.fgov.be
Acta magazine : Monsieur le Ministre, nous vous remercions pour cet entretien.