Stéphane Steeman ... Télépathie ?
Vous me demandez ce que je pense de la télépathie et d’autre part vous me posez une autre question étonnante : “Qui est Stéphane Steeman ?” J’aimerais tellement répondre : “C’est moi !” Humour facile.
Si je vous disais que je connais très mal ce comédien-imitateur-humoriste-auteur-collectionneur-pasticheur et ... télépathe (on y arrive) à certaines occasions, rares mais passionnantes.
J’ai transmis mes dons de télépathe à Madame Gertrude dans une pièce de théâtre jouée avec mon épouse, la comédienne Régine Verelle et ex-Josée, maman de Chris (Christophe), lui-même petit-fils de Gertrude (retraitée) et complice de son ami Stéphane. Vous me suivez ? Courage !
La télépathie existe étonnamment entre Madame Gertrude et Bernard Perpète (ex-Chris de Bon Week-end) et elle est stupéfiante entre Steeman et Madame Vansteenkiest (Gertrude). Quand l’un pense à quoi que ce soit, l’autre pense à la même chose.
Car c’est cela n’est-ce pas la télépathie, c’est “la transmission de pensée d’une personne à une autre sans communication par les voies sensorielles connues”.
Si je dis : “Je suis le fils de...” et que vous ajoutez illico “Du romancier Stanislas-André Steeman, l’auteur de l’Assassin habite au 21”, ce n’est pas de la télépathie, c’est tout bonnement de la culture.
Si je vous demande de penser à un nombre de 1 à 10 et que je trouve ce nombre, ce n’est pas de la transmission de pensée, c’est du hasard.
Si je m’inquiète de savoir quelle est la nouvelle catastrophe qui aura lieu en Belgique en l’an 2000 (pour 1999, le calendrier est plein), et si j’apprends que dès le futur 1er janvier Bruxelles sera sous la surveillance active de l’OTAN, ce ne sera ni de la voyance, ni de la transmission de mauvaises pensées, il s’agira de fatalité.
Mais je cause, je cause, pardonnez-moi. Quelle est votre deuxième question ? Je vous écoute.
Acta Magazine : On se souvient encore de vos prestations en compagnie de Marion, qui ont permis au plus grand nombre de se familiariser avec ce qu’on appelle “la transmission de pensée”. S’agit-il pour vous d’une simple parenthèse dans votre parcours professionnel ou d’un exercice que vous pratiquez encore couramment, en dehors de vos activités et avec d’autres personnes ?
C’est avec Marion, en effet, que je fis un nombre incalculable d’émissions télévisées pendant une quinzaine d’années et à cette époque nous présentions dans tout le pays (francophone) des spectacles de music-hall. En dehors de nos nombreuses imitations, nous terminions la première partie par un numéro de transmission de pensée. Marion, un foulard sur les yeux (je vous jure elle ne voyait rien) restait sur scène tandis que je descendais parmi le public qui me présentait les objets les plus variés que l’on peut porter sur soi. Je ne vous dis pas tout ce qu’on peut trouver dans un sac de dame. Je ne vous dis pas non plus tout ce qu’un enfant peut vous dénicher pour mieux vous piéger.
Nous vécûmes d’intenses émotions avec un tel numéro à hauts risques.
A cette époque, travaillaient Myr et Myroska qui n’ont jamais voulu dévoiler leur système et qui ont consacré une grande partie de leur vie à leur surprenant et extraordinaire numéro. Ils sont toujours parmi nous mais n’essayez point de les faire parler, vous n’y arriverez pas. J’ai demandé un jour à Myr - c’est lui qui descendait dans la salle - si ce numéro leur demandait un travail fou, il m’a répondu très sérieusement “absolument pas”.
Je ne peux croire. Il n’y a pas de miracle.
On dit qu’ils utilisaient le système “audio” (micro et récepteur miniatures). Ils le firent sans doute mais ils ne firent pas que cela. Un jour (c’était dans les années 60), mon père m’accompagna au spectacle, en plein air à Monton, de Gilbert Bécaud. En première partie, Myr et Myroska. Myr vint près de mon papa et prit l’objet que mon père lui tendait. Une boite de médicament pour le coeur. Myr prit la boite, et tout en lisant le nom du médicament dit, tout bas à mon père, c’est du Rastignac ? (je donne ce nom imaginaire à titre d’exemple). Mon père ajouta “oui, c’est pour le coeur”. Mais Myr en lisant vite commit une faute. Sur la boite, il était écrit Ristagnac et non Rastignac.
- Myroska, vous êtres avec moi ? Ce Monsieur ici devant moi...
- Oui, ce Monsieur, me semble-t-il souffre du coeur, mais il est prudent il prend un médicament.
- C’est exact Monsieur ? C’est exact. Ce médicament je l’ai dans les mains. Miroska vous êtes avec moi ? Quel est le nom de ce médicament ?
- Oui, Monsieur prend du Rastignac !
Myroska ayant répété la même faute dans le nom du médicament, j’en déduis qu’ils utilisaient un système audio. Mais les ayant vus plusieurs fois, je puis affirmer que leur système était plus complexe encore et d’une précision et rapidité diaboliques. Du grand art!
Je me suis alors intéressé à la “fausse” télépathie.
N’oubliez pas que la vraie doit exister “sans communication par les voies sensorielles connues” (Petit Larousse).
Un ami, l’ex-comédien Jacques Joël, fils d’un excellent illusionniste me confia qu’il existait des systèmes télépathiques. Je dis bien “systèmes” et non “trucs”.
Lorsque je mis Marion au courant de ce “système” qui demandait des mois de travail avant d’obtenir le moindre résultat, elle leva les yeux au ciel en s’exclamant “mon dieu que c’est difficile”.
Elle y parvint pourtant, tant elle était douée. Nous fîmes ce numéro parfois hors scène, après le spectacle, au bar, quand une dame m’apostrophait : “Monsieur Steeman, maintenant que Marion est là-bas à dix mètres de nous, vous ne pourriez pas lui faire dire ce que je vous montre ?” Et la dame sortait de son sac un objet quelconque.
J’appelais alors ma partenaire : “Marion, viens s’il te plaît”.
Elle arrivait. La dame me regardait méfiante, je ne disais rien, et s’adressant fièrement à Marion : “Vous pourriez dire ce que j’ai montré à Stéphane ?”
“Bien sûr Madame, vous lui avez montré un poudrier noir dans un étui et vous l’avez même sorti de son étui.”
Écoeurée, vexée, la dame se dit visiblement qu’elle avait affaire à des sorciers.
Je repris ce numéro en 1996 dans ma pièce “Steeman, Gertrude et les autres” et là, c’est Madame Gertrude qui descendait dans la salle alors que Chris, son petit-fils, découvrait les objets les plus variés en se trompant... rarement.
Je n’ai pratiqué ce genre d’exhibitions qu’avec Marion et Bernard Perpète. Je le regrette d’ailleurs, l’exercice intellectuel (si, si !) est enivrant.
- Ben, oui, c’est un truc ! m’a-t-on répondu maintes fois.
Comme Cyrano, je répondais : “c’est un peu court Monsieur ...”
Il n’y a pas de truc, il y a un incroyable système très compliqué (des mois pour l’apprendre) pour arriver à “faire passer” simplement un peigne, un GSM ou un -----... N’oublions jamais que celui qui récolte les objets dans la salle ne peut se permettre de réfléchir pendant des secondes avant “de passer les choses”. La rapidité fait tout le charme d’un tel numéro qui mérite souvent plus de succès qu’il n’en obtient. Question suivante ?
Acta Magazine : Les incrédules n’hésitent pas à parler de charlatanisme dès qu’on évoque télépathie. Les plus branchés affirment qu’elle dépend essentiellement d’une osmose sensorielle intense que chacun pourrait éventuellement exploiter. Quelle est votre appréciation entre ces deux extrêmes ?
Il existe en effet des “cas” de vraie télépathie, mais ils ne peuvent se reproduire sur commande en laboratoire. Des tests réalisés depuis un sous-marin n’ont donné aucun résultat. Pourtant, on connaît plusieurs cas authentiques de télépathie ce qui peut accréditer “l’osmose sensorielle”. Exemple : Une mère se réveille la nuit en “voyant” son fils tué à la guerre. Le lendemain, elle apprend que son fils a été tué effectivement à la guerre à la minute où elle s’est réveillée.
De telle transmissions de pensées sont troublantes, peuvent exister occasionnellement mais pas scientifiquement.
Il est vrai que la science sans être nulle part comme certains le disent trop souvent, a encore beaucoup de choses à découvrir dans ce domaine.
Je connais bien des gens qui ne croient pas aux hypnotiseurs. Cela, parce qu’un jour, sur une scène, ils ont vu un numéro avec certains comparses. Il est vrai que sur une scène, l’hypnotiseur doit travailler vite, au risque de lasser le public, de là certaines petites entorses au professionnalisme, mais je puis vous garantir que certains hypnotiseurs que j’ai vus travailler sont des gens sérieux.ne crois pas, en revanche, que tout le monde puisse développer ces facultés. Dans mon domaine “télépathique”, peu de personnes auraient le courage de s’attaquer à ce travail. Il faut du temps, de la concentration, de l’imagination, une élocution facile, de la mémoire tout et j’en passe... Il ne faut surtout jamais boire un p’tit verre de trop avant un tel numéro. Question suivante ?
Acta Magazine : La télé évoque rarement le sujet. Peut-on, dans ce cas, parler de “télé apathie” ?
Le mot est joli ! Comme il ne se passe rien de neuf dans le domaine de la télépathie à la télé on n'en parle pas mais je vous jure bien que si un jour quelqu’un parvenait à transmettre ses pensées à qui que ce soit SANS COMMUNICATION PAR LES VOIES SENSORIELLES CONNUES, ce “cas d’exception” apparaîtrait dans toutes les émissions scientifiques, de variétés et même chez Bernard Pivot, car aussitôt un gros livre serait écrit sur ce phénomène. Un peu de patience donc...
Mais vous brûlez d’envie, je le sens (transmission de pensée ?) de me poser la dernière question.. Allez-y !
Acta Magazine : Vous comptez déjà 50 ans de spectacle en Belgique, cela demande une adaptation au changement du public. Vos projets futurs vont-ils dans ce sens ?
Je ne calcule pas trop, mais j’ai débuté très jeune. Moins jeune que Shirley Temple mais plus jeune que ma copine Annie Cordy qui, elle aussi, fête ses 50 ans de carrière. Je ne crois pas m’adapter au public. Je m’adapte à l’actualité à laquelle le public... DOIT s’adapter, c’est tout, dans mon dernier “seul en scène (tout seul), deux heures sans entracte, je ne parle que de la Belgique, et tout ce qui a fait ma vie professionnelle y est résumé. Quand à mes projets ? Mes tournées, un livre, une pièce de théâtre, une émission à la RTBF de Charleroi qui me sera consacrée et réalisée par Pierre Dupont (fin 1999), et ... ma femme, mes enfants à éduquer (deux filles, 35 et 40 ans), mon chien, ma maison dans le Midi de la France, la nature , le soleil, et ... de futures élections ?
Ca c’est de la transmission de pensée entre le gouvernement et moi.
Stéphane Steeman