Interview René Schyns

Tout René Schyns !

Qu'est-ce qui fait courir René Schyns ? Après avoir quitté la présidence d'Arrondissement du PSC pour la céder à Alain Mager, il est maintenant en partance du Festival de Welkenraedt. Retraite bien méritée ? Sûrement pas ! Le diable d'homme nous revient avec deux grands projets : "Belgissimo", une "méga-exposition" sur les belges et les "Rencontres du 3ème Millénaire".

Rencontre avec ce créatif de talent et histoire d'un parcours original.

Acta Magazine : Présidence du PSC, Festival de Welkenraedt, organisation de grandes expositions … vous pratiquez l'éclectisme en mêlant politique, économie et culture. Est-ce un exercice compliqué ?
René Schyns : Effectivement, ce n'est pas facile… C'est toutefois passionnant ; le problème est de trouver du temps ; cela demande de l'organisation. Ceci dit, cela m'a permis de faire des rencontres formidables et un travail captivant. Tout cela nécessite aussi des moments d'évasion : le sport a toujours été un dérivatif essentiel. Enfin, je pense qu'on n'atteint pas l'équilibre sans une vie familiale intense.

Acta Magazine : Vous avez quitté la présidence d'arrondissement de votre parti au début de l'année pour céder la place à Alain Mager. Aujourd'hui dans l'opposition, ce parti est en phase de reconstruction : sur quelles valeurs doit-il prendre position ?
René Schyns : Ce sont les valeurs déterminées par son congrès. La priorité, c'est l'humanisme démocratique ou comment faire de la personne humaine le centre de la vie politique, économique ou encore culturelle. Autre souci majeur, la responsabilisation pour améliorer la vie en société. Si on responsabilisait plus la famille, l'école, le milieu professionnel, aurait-on autant de délinquance ? Poser la question, c'est y répondre. Régionalement, je pense qu'il faut être plus vite sur la balle : nous devons trouver des solutions avant que les problèmes se posent.

Acta Magazine : Précisément, le discours politique, pour être en phase avec la population, doit évoluer. Pour vous, c'est quoi la modernité ?
René Schyns : La modernité, c'est le goût d'entreprendre et d'oser; la vie est une lutte éternelle : elle doit être vécue de manière positive, sans se replier sur soi-même.

Acta Magazine : Revenons au Festival de Welkenraedt. Trente ans de présidence et un succès populaire toujours confirmé, avec une recette qui, au départ, surprenait : le soutien des entreprises. Comment est née cette idée ?
René Schyns : Le Festival est né à une époque où je faisais partie du comité du cercle de l'Emulation. On avait organisé une semaine du théâtre National dans la localité et, vu le succès, nous avons pensé qu'il serait utile d'inviter le Théâtre des Galeries : ce fut très vite un succès de foule, d'autant que nous avons trouvé un créneau entre les festivals de Spa et de Stavelot.
Quant au sponsoring, le Festival de Welkenraedt revendique l'invention de ce système qui, à l'époque, n'était utilisé que pour le sport.

Acta Magazine : La culture peut-elle être rentable ?
René Schyns : Non. Les coûts sont trop élevés et le public ne peut pas suivre. Les subsides publics sont nécessaires et, sur ce point, on peut souligner que les 400.000 francs belges que nous recevions il y a trente ans n'ont pas évolué.

Acta Magazine : Qui vous succédera à la tête du festival ?
René Schyns : C'est au comité de décider ; je voudrais quand même faire remarquer que si, d'un point de vue subsidiation, nous n'obtenons pas à l'avenir 3 ou 4 millions de francs, c'en sera fini du Festival de Welkenraedt. Or, subsidier, ce n'est pas investir à fonds perdus, puisqu'il est clair que l'Etat récupère une partie de la mise par la perception de taxes directes, indirectes ou induites. Nous avons organisé en 1995 l'exposition "J'avais 20 ans en 45" : elle a rapporté 380 millions de francs à l'Etat, selon les chiffres communiqués par l'Europe et la Communauté Flamande.

Acta Magazine : Vous partez pour mieux revenir : vous préparez "Belgissimo", une "méga-exposition" à Eupen. Vous dites "Belgissimo", c'est l'anti affaire Dutroux ? Pourquoi ?
René Schyns : C'est en effet mon projet pour fin de l'année prochaine, pour autant que le bâtiment que nous convoitons à Eupen soit disponible. Nous avons en Belgique des gens extraordinaires qui participent au dynamisme d'une petite nation : c'est cela, "Belgissimo" : dire à tout le monde : voyez ce que nous faisons… Mobilisons-nous. Soyons fiers !

Acta Magazine : La Belgique, ce n'est pas dépassé, à l'heure de l'Europe et des Régions ?
René Schyns : Celle de grand-papa, sûrement. Mais la Belgique du 21ème siècle est un laboratoire institutionnel. Imaginez ! A l'heure de la montée du nationalisme et des guerres qui en découlent, nous avons inventé un système fédéral qui fonctionne très bien et qui est un véritable exemple ! Nous sommes sur une fracture culturelle en Europe, entre les mondes latin et germanique : cela n'a pas donné de guerre, mais la mise en place d'une ingénierie institutionnelle inventive, souple, adaptée.

Acta Magazine : Que présentera "Belgissimo" ?
René Schyns : Ce sera l'histoire de la réussite des Belges : nous partirons du plus ancien, l'homme de Spy, pour arriver à nos entreprises technologiques qui ne se défendent pas mal du tout ; le tout dans un parcours jalonné de décors, de mise en situations, selon les principes modernes d'organisation d'expositions, tels qu'on les a retrouvés dans nos précédentes organisations ; j'insiste aussi pour dire que la part belle sera faite à la Belgique des Saveurs…

Acta Magazine : C'est un projet auquel la Communauté Germanophone est étroitement liée. Pourquoi cette exposition à Eupen et non à Bruxelles ?
René Schyns : Précisément parce que c'est un beau symbole de rendre hommage aux Belges dans la plus petite de nos Communautés. La plus petite et pas la moins dynamique…

Acta Magazine : Revenons sur le passé : il y a dix ans, c'était "Tout Hergé" : comment ce premier projet a-t-il pris forme ?
René Schyns : Il est né autour du 20ème anniversaire du Festival de Welkenraedt; nous avons créé l'Asbl "Collections et Patrimoines" et nous avons pris un risque énorme à organiser cette expo. C'est mon meilleur souvenir : 52 chaînes de télévisions sont venues à Welkenraedt : le succès fut phénoménal.

Acta Magazine : "Tout Hergé", c'était un héros… Quels sont les vôtres et pourquoi ?
René Schyns : Je n'ai pas de héros ; je préfère les équipes qui se mobilisent sur de grands projets.

Acta Magazine : Précisément, puisque vous parlez d'équipes … Vous venez d'en constituer une qui marque par sa diversité. C'est l'Asbl "Rencontres du 3ème Millénaire". En quoi consiste ce projet ?
René Schyns : J'ai rassemblé plusieurs personnes venant d'horizons très différents : leur seul point commun, c'est la volonté de promouvoir l'arrondissement de Verviers. En y réfléchissant, il y a aussi un autre point commun, un certain recul par rapport à soi-même et aux choses, bref, de l'humour.

Acta Magazine : L'arrondissement de Verviers souffre donc d'un déficit d'image ?
René Schyns : Effectivement. Nous allons travailler à combler ce retard…

Acta Magazine : Comment fédérer précisément, sur une base pluraliste, autour de grands projets ?
René Schyns : Une approche objective des dossiers, un respect mutuel, des compétences diverses au service d'objectifs communs ; il peut y avoir des liens solides fondés sur l'amitié. C'est le cas aux "Rencontres du 3ème Millénaire", je n'exclus pas qu'elles puissent s'ouvrir encore à l'une ou l'autre personnalité de la région.

Acta Magazine : Concrètement, quelle sera la première organisation des "Rencontres du 3ème Millénaire" ?
René Schyns : Une grande journée, le 5 décembre prochain, sur le 50ème anniversaire de l'Europe et l'arrivée de l'Euro. Cela se passera successivement à Eupen puis Verviers. Nous réunirons les enfants des signataires des grands traités fondateurs. Ils signeront un document symbolique réitérant l'engagement de leurs parents à construire une Europe unie, en paix et au service de ses concitoyens. Ce sera réellement un grand moment d'émotion : c'est bien que cela se fasse chez nous. Enfin, le soir du 5 décembre, nous accueillerons un géant européen : Jacques Delors, l'ancien Président de la Commission Européenne. Nous sommes en contact avec d'autres personnalités dont les noms seront communiqués ultérieurement.

Acta Magazine : René Schyns est un homme connu pour son sang-froid ; il vous arrive pourtant de pousser des coups de colère ; qu'est-ce qui vous irrite le plus, dans la vie quotidienne et les contacts humains ?
René Schyns : Je ne suis pas colérique … Parfois pourtant, il faut un peu secouer les gens pour les faire avancer.

Acta Magazine : Tout ce que vous réalisez est bâti sur l'expérience du terrain. Vous aimez rappeler que vous êtes autodidacte. Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui débute ? Quelles sont les filières intéressantes et formatives ?
René Schyns : Informez-vous ! Documentez-vous ! Dépasser votre taux d'incompétence et mesurez toujours les risques pris. Une belle école de formation sur le terrain, ce sont les Jeunes Chambres Economiques : les jeunes peuvent y apprendre à parler en public, monter des projets, animer des groupes ; beaucoup de nos responsables politiques sont passés par cette filière.

Acta Magazine : Une autre de vos passions, c'est le sport…
René Schyns : Absolument, c'est une école de vie…

Acta Magazine : Voltaire fait dire à Candide : "Il faut cultiver notre jardin". Qu'en pensez-vous ?
René Schyns : Vous faites allusion à une autre de mes passions, le jardinage. Plus jeune, j'allais travailler à la ferme de mes oncles ; j'en ai gardé un goût prononcé pour la nature. Quand je jardine, mon esprit vagabonde et c'est là que naissent mes idées et mes projets.


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